Quelques commentaires


A quoi sert ce manifeste ?


- Ce manifeste ne définit pas un programme, il ne fonde pas une organisation, il n'a pas non plus de prétention esthétique ou philosophique. De nombreux textes de ce type existent déjà.

- Ce manifeste pose des problèmes mais ne donne pas de réponses : il propose d'expliciter un cadre commun susceptible de favoriser le développement, la diffusion, et la mise en œuvre de telles réponses.

- Ce cadre doit être suffisamment « évident » pour être compatible avec une multitude de courants de pensée et de pratique, sans nourrir des dualités telles que ville/campagne, changement personnel/changement politique, vie humaine/nature, religion/science, etc.

- C'est une utopie qui, à la manière des textes fondateurs définissant le « logiciel libre », peut susciter des réalisations d'une ampleur aujourd'hui inimaginable. N'oublions pas que tout ce qui existe aujourd'hui a été à un moment une utopie, par exemple l'électricité, une découverte du 19ème siècle, désormais accessible dans toutes nos maisons.

- Ce manifeste synthétise des idées qui ne sont pas nouvelles en une éthique au service d'un mouvement collectif nécessaire à notre époque. Il s'efforce de poser les bases nécessaires pour concilier la cohérence, l'ouverture et l'efficacité de ce mouvement.

- Ce manifeste vise à clarifier des intentions communes aidant les acteurs déjà engagés dans une démarche de ce type à se relier les uns aux autres dans une attitude de coopération plutôt que de rivalité.

- En tant que texte, il n'a pas de pouvoir propre. Des effets peuvent seulement être produits par des personnes qui agissent de la manière dont ce texte parle. Attention à ne pas prendre les mots pour la réalité...

- Il est délibérément court pour condenser l'essentiel et éviter toute dispersion dans des prises de position limitantes. Il peut être accompagné de commentaires aidant chacun à expliciter le sens des principes dans son propre cadre de référence.

- Selon nous, les ingrédients de la transition sont tous disponibles sur cette planète (autant en terme de connaissances que de moyens). En revanche, nous constatons la difficulté à développer des stratégies pour un changement à grande échelle, qui puissent intégrer la complexité des facteurs impliqués.
Un individu confronté à un défi inédit, dont le cerveau a déjà atteint sa taille adulte, ne peut y faire face avec succès que s'il développe de nouvelles connexions entre ses neurones déjà existants, en expérimentant de nouvelles manières de percevoir et d'agir sur sa situation.
Par analogie, une clé pour réussir collectivement la transition est d'intensifier les relations, de multiplier les combinaisons entre les ressources présentes chez les personnes, les communautés, les organisations, les cultures, les nations, afin d'en accroître la capacité globale à se transformer dans un sens favorable à la vie.
Si l'humanité a réussi à créer cette énorme société-monde d'une complexité indescriptible fondée sur l'utopie du Marché, il n'y a pas de raisons qu'elle ne puisse pas créer des sociétés simplement compatibles avec les processus vitaux terrestres, non ?

Quelques explicitations des principes du manifeste


- L'ouverture à toutes les formes de connaissance humaine

Pourquoi préciser "humaine" ? N'est-ce pas une forme d'anthropocentrisme ? Et les autres êtres vivants ?
- Il s'agit de revenir à la connaissance comme une aptitude fondamentale qui est commune à tous les êtres humains, et ne pas la limiter à ce que l'on considère habituellement comme "la" connaissance, c'est-à-dire celle qui est légitimée par une autorité académique, scientifique ou religieuse...
- Par ailleurs, dans un monde où l'informatique prend de plus en plus de place, il s'agit de bien faire la distinction entre les données et les informations, qui peuvent faire l'objet d'un traitement automatisé, et les connaissances, qui sont portées par des personnes capables de leur donner du sens, contrairement aux machines.
- Enfin, Il ne s'agit pas de nier les formes d'intelligence qui se manifestent dans les autres espèces vivantes, ni de proclamer la supériorité de l'intelligence humaine. Simplement, ce projet s'adresse à des êtres humains ! Et à défaut d'avoir tous accès à ce que peut être la vie d'un rat ou d'un tilleul, nous avons besoin d'intermédiaires humains pour nous renseigner sur leurs manières d'interagir avec leur milieu...
- Pour élargir notre compréhension des différentes manières que les humains peuvent avoir de connaître le monde, il est intéressant de découvrir le travail de l'anthropologue Philippe Descola - Par delà nature et culture.

Remettre la démarche de connaître au sein d'une pratique de transformation dans le sens de la vie : kezako ?

- Cette phrase parle de la finalité de l'activité de connaissance, dans le cadre de ce projet. En effet, il existe déjà une multitude de réalisations qui visent à accumuler les connaissances, à travers des encyclopédies, des publications, des bibliothèques, des archives... Mais l'accès à une profusion de ressources à travers des supports variés (écrits, sons, audiovisuel...) ne garantit pas que nous puissions en faire quelque chose de constructif pour répondre aux enjeux de la transition. Il y a le risque de se sentir dépassé par cette abondance et de ne pas agir : qui peut prétendre avoir lu et compris ne serait-ce que toutes les publications scientifiques sur un seul sujet important pour la transition ? Très peu de gens, et qui vous diront que la recherche doit continuer car il reste de nombreuses incertitudes. Si on attend de tout savoir pour agir, alors rien ne se passe.

- Il s'agit de sortir de la posture imaginaire du "savant objectif" qui ne ferait pas partie du monde, et qui pourrait l'observer, le connaître, de l'extérieur. Nous ne sommes pas seulement des spectateurs d'une tragédie qui serait jouée devant nous. Nous jouons tous un rôle dans cette pièce, et plusieurs scénarios sont possibles en fonction de notre positionnement.

- La phrase ci-dessus contient de façon condensée les questions suivantes :
  • Quelle est ma pratique concrète quand je connais ou m'efforce de connaître quelque chose ? (observer, lire, expliquer, ressentir...)
  • Quels effets ont sur moi cette pratique ? (est-ce que cela transforme ou fige mes pensées, mes comportements...)
  • Est-ce que ces effets favorisent ou non la vie ? (est-ce que je me sens plus vivant, plus en lien avec d'autres formes de vie...)