Le manifeste

Bouleversements climatiques, effondrement de la biodiversité et des écosystèmes, dépendance à des ressources en voie d'épuisement, dégradation de la santé humaine...
Les défis auxquels l'Humanité est aujourd'hui confrontée nécessitent une transition rapide des sociétés, à tous les niveaux et dans tous les secteurs.
L'histoire nous donne des exemples de civilisations jadis florissantes qui se sont effondrées en très peu de temps. (1)
Elle nous donne aussi des exemples de transformations inattendues qui ont permis de sortir des populations entières d'un destin tragique. (2)
Réussir la transition suppose une mobilisation de l'intelligence humaine d'un nouveau genre.
Depuis deux siècles, priorité a été donnée à la quête de la puissance technique pour transformer le monde. Cette puissance a été principalement développée et mise au service de structures conçues pour concentrer le pouvoir.
La poursuite de l'aventure humaine implique une profonde réorientation à travers l'exploration de nouvelles voies ainsi que la réhabilitation de richesses mises à mal par la société industrielle. Le processus de transition a déjà commencé, même si son issue reste incertaine.

L'université de la transition est une proposition visant à amplifier ce processus en fédérant des personnes, des groupes, des réseaux et des organisations autour des principes suivants :


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1. L'université de la transition est une expression de confiance dans le potentiel humain.

Face à des périls d'une ampleur inédite dans l'histoire humaine, nous considérons comme possible la manifestation d'un désir de vie plus grand encore. Ce désir se développe à la mesure de la confiance avec laquelle nous l'accueillons. (3)

2. L'université de la transition invite à la rencontre, à la compréhension mutuelle, aux croisements. Face à la complexité des problèmes actuels, il ne peut y avoir aucune méthode, aucune politique, aucune science, aucune approche philosophique ou spirituelle, qui soit en elle-même suffisante. De la mise en lien de personnes qui les portent émerge une efficacité décuplée.

3. L'université de la transition considère les conflits et les désaccords comme une expression nécessaire des différences entre les êtres humains et comme une occasion de transformer la violence en une force de changement constructif. (4)

4. L'université de la transition est ouverte à toutes les formes de connaissance humaine. L'intelligence humaine est multiple (5), et nous avons besoin d'accéder collectivement à l'ensemble de ses ressources pour dépasser tous les obstacles à la transition. Il ne s'agit pas d'accumuler de manière superficielle le maximum de savoirs, mais de remettre la démarche de connaître au sein d'une pratique de transformation dans le sens de la vie.

5. L'université de la transition est partout où des êtres humains veulent la faire vivre. Elle n'a pas de centre, pas de murs. Elle est internationale, car les défis de la transition ne connaissent pas les frontières. Elle peut s'exprimer dans toutes les langues. Elle prend forme d'une multitude de manières selon la culture et la personnalité de ses membres.

6. L'université de la transition n'appartient à personne. Elle est ouverte à toutes les initiatives de celles et ceux qui partagent les principes de ce manifeste. Nous pouvons le revendiquer ou non, nous en faisons partie dès l'instant où nous le décidons.

7. Tous les membres de l'université de la transition sont en apprentissage. Tous et toutes ont des savoirs et des ignorances. Tous et toutes tâtonnent et font des erreurs. Tous et toutes sont reconnu-e-s avant tout comme des êtres humains d'égale dignité.

8. L'université de la transition s'auto-organise par la contribution de ses membres. Ils peuvent mettre en place de façon autonome toute action compatible avec ce manifeste, en y faisant référence.

9. L'université de la transition laisse à ses membres entière liberté et pleine responsabilité de leurs paroles et de leurs actes.
Elle ne constitue pas une autorité prétendant juger de la valeur des savoirs, des activités ou des compétences de ses membres. Elle ne délivre par conséquent aucune certification et aucun diplôme. (6)


Le cercle d'inspiration du manifeste de l'université de la transition

Quelques notes :
Il ne s'agit pas ici d'apporter des preuves ou des justifications aux principes énoncés dans le manifeste ; mais simplement de donner quelques pistes en direction de travaux inspirants pour la démarche de l'université de la transition.

(1) Jared Diamond, Effondrement, Gallimard, 2009.
Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l'augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? La réponse se construit à partir d'un tour du monde dans l'espace et dans le temps - depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d'Henderson ; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis ; les sociétés moche et inca ; les colonies vikings du Groenland) jusqu'aux sociétés fragilisées d'aujourd'hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l'Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tikopia et le Japon de l'ère Tokugawa). De cette étude comparée, et sans pareille, Jared Diamond conclut qu'il n'existe aucun cas dans lequel l'effondrement d'une société ne serait attribuable qu'aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de cinq, entrent toujours potentiellement en jeu : des dommages environnementaux ; un changement climatique ; des voisins hostiles ; des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. Cette complexité des facteurs permet de croire qu'il n'y a rien d'inéluctable aujourd'hui dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l'environnement.

(2) Par exemple : l'abolition de l'esclavage ; l'indépendance de l'Inde de l'Empire britannique ; la salubrité des villes grâce aux égouts et aux canalisations d'eau potable…

(3) Le psychologue Carl Rogers a identifié dans ses travaux sur le développement humain ce désir de vie sous le nom de tendance actualisante, et la confiance avec le terme de « considération positive inconditionnelle ». Cette attitude est l'une des conditions nécessaires à l'accomplissement des personnes, que ce soit dans le cadre thérapeutique, éducatif ou social.

(4) Charles Rojzman, Sortir de la violence par le conflit. Une thérapie sociale pour apprendre à vivre ensemble, Paris, La Découverte, 2008.

(5) Howard Gardner, Les intelligences multiples : La théorie qui bouleverse nos idées reçues, Retz, 2008.

(6) Il serait intéressant d'instaurer des systèmes permettant aux participant-e-s à des activités se réclamant de l'université de la transition de faire des retours publics sur leur expérience, afin de réguler la qualité et de favoriser la confiance, sans en passer par un dispositif centralisé (comme c'est pratiqué sur les sites de transactions entre particuliers). Par ailleurs, ce principe ne remet pas en cause la possibilité pour une organisation membre de délivrer certification ou diplôme, sous sa propre responsabilité, et non au nom de l'université de la transition.

Licence Creative Commons
Le manifeste de l'université de la transition rédigé par le Cercle d'inspiration du manifeste de l'université de la transition est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution 4.0 International.

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